Teresa Margolles & Raphaëlle de Groot au MAC

11.5.17



La semaine dernière j'ai poursuivi ma découverte des musées montréalais en me rendant au Musée d'Art Contemporain de Montréal. Ça faisait un moment que je voulais y aller, et je n'ai pas été déçue. Les expositions permanentes aussi bien que temporaires étaient intéressantes et portaient à réflexion. Mais je voudrais vous parler de deux artistes en particulier qui m'on vraiment marquées, deux femmes : Teresa Margolles et Raphaëlle de Groot.


Teresa Margolles est une artiste mexicaine dont l'exposition Mundos présente au MAC de Montréal porte sur les conflits sociaux et les tragédies humaines qui touchent les rues violentes de Mexico. Dans cette exposition, plusieurs de ses œuvres m'ont beaucoup marquées. Elle a notamment demandé à des femmes mexicaines de broder un linge taché de sang ayant servi à recouvrir le cadavre d'une femme tuée dans la rue, et a filmé les femmes en train de réaliser cette broderie. Ces femmes évoquent la violence de la rue à Mexico et ailleurs, notamment les violences dirigées contre les femmes, et pourquoi il faut agir contre cela, que ça soit à Mexico ou ailleurs dans le monde. Un peu plus loin dans le musée, le linge brodé est exposé, et je ne m'y attendais pas du tout, ça m'a fait un choc de voir ce tissus où l'on devine, sous les fils de couleurs, les taches de sang séché qui subsistent. 


Ses œuvres sont assez percutantes et choquantes, comme cette mise en scène de fils de suture utilisés pour les autopsies, là encore tout imbibés de sangs et attachés les uns aux autres pour former un très long cordon qui traverse de part en part l'une des salles d'exposition. Teresa Margolles a également pris en photo des affiches présentant des femmes disparues, dans les rues de la villes, pour en faire une grille de 30 portraits : on comprend à travers cette oeuvre la réalité de la violence patriarcale à Mexico, et l'inefficacité de la police dans ces cas de disparition. L'ensemble du travail de cette artiste est engagé et nous pousse à réfléchir sur la violence du monde dans lequel on vit, et sur ce qu'on peut faire pour que cela change.

Raphaëlle de Groot, quant à elle, est une artiste québécoise, et ses oeuvres exposées au MAC sont dans l'exposition permanente intitulée Entre le soi et l'autre, qui propose des réflexions de différents artistes sur l'individualité à travers différentes sortes de portraits et autoportraits. Le travail de Raphaëlle de Groot, avec Tous ces visages, est vraiment celui qui m'a le plus parlé dans cette exposition. Cette artiste a choisi d'exprimer ses réflexions sur l'individu et le soi à travers une série de portraits réalisés selon un processus très précis : elle recouvre son visage de papier, et dessine, à l'aveugle sur ce papier, donc par dessus son propre visage, un portrait. Ce portrait est réalisé à partir des descriptions et des directions données par une personne. La personne choisit également le matériau avec lequel Raphaëlle de Groot effectue le dessin. Elle représente donc la vision d'un individu par un autre individu. Souvent, les gens décrivent un proche, un membre de leur famille ou un ami. On a donc à travers ce portrait le lien d'affection qui est transmis. 



Dans l'exposition, on retrouve les masques réalisés et des photos polaroïd prises juste après que les dessins soient finis, mais aussi des portraits dessinés après coup par l'artiste, d'après les masques et d'après le souvenir de l'échange avec la personne. Ce travail apporte vraiment une réflexion sur l'image que l'on a de nos proches, mais aussi sur le fait qu'on ait tellement de mal à décrire une personne qu'on connaît si bien. Si là, tout de suite, on me demandait de décrire le visage des gens que je connais le mieux au monde sans regarder une photo, j'en serais bien incapable. Et plus on essaie de visualiser les détails d'un visage, plus ils s'échappent. Alors c'est peut-être parce que je suis loin des gens que j'aime et de ceux auxquels j'aurais instinctivement pensé si on m'avait demandé de guider l'artiste pour réaliser un portrait, mais cette réflexion et cette démarche présentées par le travail de Raphaël de Groot m'ont vraiment parlé et touchée. 

Donc vraiment, si vous avez l'occasion de vous perdre une matinée dans les salles d'exposition du musée d'art contemporain de Montréal, foncez ! 

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